A 38 ans, Jackson Richardson mettra un terme à sa formidable carrière, samedi à Albertville avec Chambéry, lors du dernier match de la saison face à Ivry (coup d'envoi à 20 h 45). Symbole d'une génération dorée, Jack a marqué son temps. Retour sur le parcours hors normes d'un homme d'exception.
Chaque sportif, chaque athlète garde dans un coin de sa tête un souvenir précieux et unique. De ceux qui ne s'altèrent jamais. De ceux qui, bien souvent, se bonifient au fur et à mesure que les années passent. Jackson Richardson a tellement vécu de moments merveilleux, d'instants d'exception que sa mémoire n'a sans doute pu se résoudre à en faire une sélection. Vingt années de carrière, c'est déjà beaucoup. Mais vingt années auréolées de sacres mondiaux, d'un bronze olympique et de multiples podiums, c'est monumental.
Tout a pourtant commencé loin des lieux qui ont vu Jackson devenir une star. C'est à Saint-Pierre, sur l'île de la Réunion, que le prodigue a grandi. Le handball, bien sûr, mais aussi le basket et le football ont comblé ses heures de liberté. A la fin des années 80, Jackson participe à la finale du championnat de nationale 3. Il s'illustre et Daniel Costantini le remarque puis le choisit pour intégrer le bataillon de Joinville en 1988. Il reste un an et signe au Paris-Asnières où le public et la presse ne mettent pas longtemps à en faire un phénomène. Après deux saisons à Paris, Jackson rejoint Marseille et le club de l'OM-Vitrolles. Le début de la gloire et la rencontre avec plusieurs joueurs cadres tricolores.
Déjà, à l'époque, le style Richardson impressionne. Il innove, crée le spectacle. Jamais l'adage qui consiste à dire que la meilleure défense, c'est l'attaque n'a été aussi bien illustré que par les chapardages incessants du Réunionnais. Ces interceptions impromptues qui faisaient rager l'adversaire et glapir de plaisir la foule. La discipline s'est enrichie, a grandi aussi dans les pas de Richardson. Et puis, il y eut cette médaille, en 1992 à Barcelone. Ce bronze béni, le premier – et le seul à ce jour - trophée olympique du handball tricolore ramené par une bande de potes. Ce sont les Barjots qui ont révélé aux yeux de tous une discipline collective alors en retrait.
Ces Barjots et leur artiste ont écrit la première page d'une aventure devenue une légende. Trois ans plus tard, le monde du handball se retrouve en Islande. La Suède et la Russie dominent sans partage. Au terme d'une compétition mouvementée, durant laquelle elle est tracassée par des tensions et manque de se faire sortir dès les matches de poule, la France va chercher son premier titre majeur. Alors, Jackson, capable d'arriver avec un quart d'heure de retard au rendez-vous précédent cette finale, entre définitivement dans une nouvelle dimension. Il est élu joueur de l'année par la fédération internationale. « Hello, how are you Jackson ? », lui lance Jacques Chirac, tout frais président de la République lorsqu'il reçoit les champions du monde français et prend l'icône pour un Américain naturalisé.
Après sept saisons passées à l'OM-Vitrolles, la star part pour l'Allemagne et Grosswallstadt. Une suite logique avant de rallier l'Espagne et Pampelune. Là, le Réunionnais décroche le titre majeur en club : la Ligue des Champions. En parallèle, l'aventure avec l'équipe de France se poursuit. Les générations se suivent et Jackson est toujours là. Après des Jeux de 1996 difficiles, les Tricolores retrouvent la saveur des podiums en montant sur la troisième marche au mondial au Japon. De nouvelles têtes ont fait leur apparition, d'autres, celles de certains Barjots, ont disparu. Comme à Atlanta, le tournoi olympique de Sydney ne réussit pas aux hommes de Costantini. Pas aussi bien que Barcelone.
Mais en 2001, la France accueille le championnat du monde. Capitaine, Richardson arrache la prolongation, lors d'un quart de finale mémorable contre l'Allemagne, d'un tir dont lui seul a le secret. La suite, tout le monde la connaît. Un deuxième titre et un geste de grande classe : amener par la main sur le podium Daniel Costantini, dont le mondial est la dernière bataille. Jack poursuit l'aventure à Pampelune. Complète son palmarès. Il participe encore aux Jeux d'Athènes. Il récolte aussi une troisième médaille de bronze dans un mondial en 2005, en Tunisie. Avant de dire au revoir au maillot bleu-blanc-rouge.
Déjà, à l'époque, le vide qu'il avait laissé avait semblé sans fond. Samedi, deux après son retour en France, à Chambéry, Jackson Richardson tirera définitivement sa révérence. La légende s'en va. Vive la légende !
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Jackson Richardson en bref
Naissance : le 14 juin 1969 à Saint-Pierre (Réunion).
Clubs successifs : Paris-Asnières (1989-1991), OM Vitrolles (1991-1997), Grosswallstadt (Allemagne, 1997-2000), Pampelune (Espagne, 2000-2005), Chambéry (depuis 2005).
Première sélection en équipe de France : le 10 janvier 1990 contre l'Algérie.
Dernière sélection : le 5 février 2005, en Tunisie contre la Croatie.
Nombre de sélections en équipe de France : 417.
Buts inscrits en équipe de France : 787 (cinq penalties).
Palmarès international : médaillé de bronze aux Jeux Olympiques (1992), champion du monde (1995 et 2001), vice champion du monde (1993), triple médaillé de bronze au championnat du monde (1997, 2003, 2005).
Palmarès en club : vainqueur de la Supercoupe d'Europe (2000 avec San Antonio Pampelune), de la Ligue des Champions (2001 avec Pampelune), de la coupe d'Europe des vainqueurs de coupes (1993 avec l'OM Vitrolles, 2004 avec Pampelune) ; champion de France (1994 et 1996 avec l'OM Vitrolles) ; vainqueur de la coupe de France (1993 et 1995 avec l'OM Vitrolles) ; champion d'Espagne (2003, 2005 avec Pampelune) ; vainqueur de la coupe d'Espagne (2001), de Supercoupe d'Espagne (2001 et 2002).
Distinctions : joueur IHF de l'année (1995), meilleur demi-centre du championnat du monde (1995), meilleur demi-centre du championnat d'Europe (2000), meilleur étranger du championnat d'Espagne (2001, 2002), meilleur demi-centre du championnat d'Espagne (2003, 2004, 2005), joueur français du siècle selon la Fédération française.